dimanche 26 mai 2013

Tirare.
Je tire la lourde porte centrale, me dépêche de rentrer, en ouvrant la porte au minimum. Je ne veux pas faire rentrer le bruit de l'importante circulation extérieure.
Wouah.
Je suis pas sur d'avoir déjà vécu un passage entre deux univers aussi opposé. L'intérieur de cette église est, je ne sais pas, très inhabituel. Ce n'est pas une église catholique c'est certain, probablement une église orthodoxe. C'est un grand espace presque carré, assez haut; un balcon forme un U du côté de l'entrée, soutenu par deux poteaux fins et sculpté. Au centre aucune chaise, seul le magnifique dallage de marbre. Sur trois côtés, une double rangée de stalles. Et face à l'entrée, un jubé, qui ne laisse qu'un faible espace jusqu'au mur du fond. Le plafond est comme le reste sculpté, et peints. Chaque recoint est soit peints ou sculpté. La lumière vient de deux immenses lustre en argent et des immenses candélabres. La lumière est assez faible et très douce, mettant parfaitement en valeur cet espace.
Seul un homme est présent, un veil homme, sur la gauche, sur une stalle dont il a retiré le cordon rouge. A côté de lui un seau, un balais et une serpillière. Il me fixe. Il ne me lâche pas des yeux. Il est très ridé, un peu vouté. Le poids de toute une vie pèse sur lui, de grandes souffrances et une profonde tristesse. Cela à quelque chose de dérangeant de pouvoir ressentir tout cela en regardant un homme. Il est comme une vanité posé au milieu de ce si beau tableau qu'est cette église. Je me rends soudain compte que cette ambiance si particulière n'est pas seulement dû à ce lieu et sa lumière. Une mélodie, des chants sont diffusé, flotte dans l'air. Un choeur d'hommes et un orgue. La mélodie est extrêmement douce et porte loin de tout, libère; ces voix, d'une telle gravité, font atterrir et incite à s'arrêter, se poser et penser.
Je veux m'assoir. C'est impossible. Je marche,très lentement. Et je me mets à penser.
J'ai une nouvelle affiche trop belle, le cours de photographie est toujours aussi ennuyant mais j'ai pu réfléchir à tous mes petits projets photos. Il y a une semaine nous étions le 11/11/11 et à 11h11min11sec je fixais ma montre. J'ai revu l'expo d'art contemporain où expose Marco, c'est vraiment très réussi, à la sortie de l'université, très beau ciel rouge-rose surplombant cette magnifique vue sur la ville et la mer. Donc ce soir, je fais l'urba sur Gorizia, demain matin je rencontre Steven pour le tandem,  après je vais visiter un musée avec les jumelles, faut que je rentre en contact avec magda pour savoir si nous faisons quelque chose dimanche, ce serait bien d'aller au concert dimanche soir, un peu dégouté d'avoir loupé la projection de Drive en VOSTI, quand je rentre je dois penser à télécharger le nouvel album de Florence & The Machine, il faut que je me décide où je me fais mon petit-gros voyage du 16 au 21 décembre. Ah mais dans un mois je serais loin, soit à Stockholm, soit à Milan ou Vérone, hum le 18, ce sera Vérone. Le 18, nous sommes le 18 novembre. 

Deux mois. Cela fait maintenant deux mois que je suis dans ce pays. Deux mois que j'habite via Gambini, dans ma grande chambre de 25m2, où j'ai si souvent froid, une semaine que j'ai décidé de ne plus me mettre sur mon canapé, je n'arrive pas à y travailler. Deux mois que j'habite avec Lorenzo, Simone et Luaï. Ca me parait si loin. Le temps passe tellement vite. Les semaines passent beaucoup trop rapidement. J'aime vraiment cette vie italienne. J'aime mon appartement, ses imperfections, la nouvelle fenêtre en carton, les robinets d'eau froide, j'aime mes colocs.  J'aime sensation que j'ai si souvent, en arrivant dans la rue, ma rue, en montant ces quatre étages, si longs, en ouvrant la porte et en m'avançant dans le couloir jusqu'au moment d'ouvrir la porte de la chambre qui ne veut pas s'ouvrir, cette sensation qui me fait me demander, mais qu'est ce que je fais là, où est ce que je suis, pourquoi je ne suis pas en France. Ce sentiment d'être perdu, de ne pas être à l'endroit où tu devrait être, au milieu de gens qui ne parle pas ta langue et qui ne vivent pas de la même manière. Cette sensation tellement déroutante, j'espère continuer à la connaitre, dans les autres pays dans lesquels j'habiterais aussi.

Il est temps que je sorte, si seulement j'avais pu m'assoir, je serais rester très longtemps. J'aurais probablement sorti mon crayon et mon carnet, pour écrire; j'aurais probablement sorti mon livre, pour lire; j'aurais probablement simplement posé mon sac et ma nouvelle affiche au sol, pour continuer à penser.

Spingere.
Je pousse cette lourde porte et sort rapidement. Je me retrouve face à la mer, la large avenue et sa circulation dense m'en séparant. Je prends la direction de l'appartement. Je m'engage dans la première rue à gauche, tournant le dos à la mer. J'avance. Je croise tous ces italiens, ces magasins, ces bars, ces bâtiments. J'aime vraiment cette ville. Je veux continuer à la découvrir, qu'elle me surprenne, encore. Je pense à la liste des choses qu'ils me restent à visiter, elle est encore longue. Demain, elle réduira un peu. Et pour la première fois, je n'irai pas seul. Les jumelles. Deux italiennes qui vont devenir mes amis. Les premières personnes en dehors de mes colocataires avec qui j'ai pu discuter librement, être moi même, rire, comme avec des amis, et en italien. 
J'ai envie de danser. Comme pendant ces moments d'improvisations où je peux me lâcher, tout laisser sortir, sans me poser de questions, pendant ces cours de danse que je prends, deux fois par semaine, avec une cette excellente prof. Une vrai danseuse. Quand elle est devant le miroir, chaque geste, que ce soit le mouvement d'un doigt ou d'un genou est beau et exprime quelque chose. J'aime. 

Je m'arrête devant un magasin de chaussures, il a du potentiel. Je rentre. Les quelques modèles de chaussures homme sont à l'entrée, à gauche. Il me faut de nouvelles chaussures. J'ai deux paires, une avec des trous, l'autre qui me détruit les pieds. Je sais exactement les chaussures que je veux. C'est le problème. Beaucoup ne passe pas l'examen du premier regard ou celui du prix. Mais là, deux paires pourraient passer avec un A+, je reviendrais. J'ai envie de marcher, de réfléchir.

Je ressort dans le froid. J'aime tellement marcher, dans le froid, le vent sur le visage, seul. Je repense à cette année, qui sera probablement comme ces deux premiers mois. Très solitaire. C'est quand même régulièrement dur de se dire que l'on ait tout seul. Que l'on ne pas aller quelques part, n'importe où avec des gens, des amis, parler de tout et surtout de rien. Mais où rencontre-t-on les autres, les erasmus?Dans les soirées erasmus. Je sais depuis toujours que je n'en ferais pas partie, même le savoir n'est pas le vivre. Etre dans son appartement quand les autres, qui ont leur sympa rient, s'amusent autour d'une bière, s'invitent à des soirées, des sorties, forment un groupe. Je n'aime pas me rendre compte de cela. Mais je n'aime pas les bars, je n'aime pas la bière, c'est trop bruyant et j'y suis transparent. Je ne me suis jamais lié d'amitié avec quelqu'un de cette façon, je ne m'y sens pas moi-même et ce n'est pas ce que je suis. 
Je vais me faire de vrais amis, plus lentement mais plus surement. Des italiens en feront partis, pour que je progresse dans cette langue que j'aime tant, mais aussi parce que j'apprécie ces italiens. J'aime leur pays. Je suis sur la bonne voie. 
J'ai accepter tout cela. 
Je vais continuer de faire en sorte que cette année soit exceptionnelle.

Je reçois un sms. Je suis Piazza Garibaldi, je traverse à l'orange, comme toujours. Je suis bientôt arrivé. Rien d'intéressant à récupérer devant tous les magasins qui ont mis leur cartons devant leur entrée. Je sors mon portable italien qui envoie des sms et reçoit des appels, avec option radio et réveil. C'est Laura, la jumelle. Je mange avec elles demain à midi, nous irons au musée après.

Je vais passer ma journée à parler en italien. Je vais parler toute la journée une langue dont je ne connaissais presque rien il y a encore deux mois. C'est vraiment génial, se sentir progresser, se souvenir des mots que l'on a entendu, que l'on a compris, plus ou moins rapidement, avec ou sans aide et les réutiliser, se rendre compte que l'on fait une faute ou que la phrase est juste. Mais surtout se rendre compte de l'immense marge de progression, de tout le chemin à parcourir, une promesse de jours encore chargés en surprise et en découverte.

Je passe devant tous ces bars slovènes, à travers le nuage de fumée. Je passe devant Eurospesa, encore ouvert, pas de course ce soir. Je tourne à gauche pour m'engager via Gambini. Je monte un peu la rue, la traverse en biais. Je lève les yeux. La chanbre de Simone est allumée. Ma main, dans la poche gauche de mon jean cherche la clé au bout rond, la sort et l'insert dans la serrure. Je passe la porte, regarde machinalement la boite au lettre est pousse la porte à gauche avant d'allumer la lumière. L'ascension commence. Ces marches sont horribles, trop basses et les étages trop haut. 1er étage. Je me fais les spaghettis ou les pâtes tubes? Le noeud bleu sur la porte de gauche, deuxième étage. Les spaghettis fines, elles sont plus rapides à cuire et j'ai faim, avec la sauce rouge pomodori. Troisième étage, Geogiev. Bientôt arrivé. Retour dans la poche, à la recherche de la clé à bout carré. Trouve. J'arrive devant la porte. Par reflex, regard par le petit occulus. La cuisine est allumée. J'ouvre la porte, elle couine.





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